Le Funambule
Jean Genet
Lecture/concert


Valérie Blanchon : comédienne
Jean-Sébastien Mariage : guitare


Une paillette d’or est un disque minuscule en métal doré, percé d’un trou. Mince et légère, elle peut flotter sur l’eau. Il en reste quelques fois une ou deux accrochées dans les boucles d’un acrobate. Jean Genet - Le funambule

Le fil, non comme logique, mais comme tension. C’est sur lui que les sons de la voix et l’instrument tentent de se maintenir, avec le texte et la musique en guise de balancier. Les cordes de la guitare forment un espace sur lequel le texte vient se mettre en équilibre.

Mis à part son dernier livre, Jean Genet a toujours écrit en prison. La littérature non pas pour s’évader, mais pour sortir.

Le funambule (extrait 1)
Valérie Blanchon et Jean-Sébastien Mariage
Le funambule (extrait 2)
Valérie Blanchon et Jean-Sébastien Mariage

Jean Genet écrit Le funambule pour son acrobate d’amant Abdallah Bentaga. Le jeune homme a dix-huit ans, racé, la vie devant et pourtant suspendue. Le long poème en prose lui est adressé. Genet le pousse à monter sur le fil, à aimer son fil, à danser dans la solitude éclairée, à mourir à lui-même dans l’apparition stellaire. Puis, du fil, la chute. De la chute, l’infirmité. Et le fil, encore, celui du rasoir qui lui ouvrira les veines. Et du suicide encore – la vie de Genet en est pleine. Mais l’auteur est mort. L’auteur est toujours mort. Le funambule aussi. Il ne reste que moi, que moi lecteur. Et le « tu » se transforme. Je suis Abdallah, j’ai dix-huit ans et je monte sur le fil d’acier. Je suis Jean, je prends trente ans et je me regarde dans le miroir de l’artiste, et je définis mon art poétique. Je suis un Homme et j’entends la vie qui m’invite, la mort qui rôde en dessous. Je suis moi, je me cherche et ne peux me résoudre qu’à l’incandescence de ma singularité. Tu as raison Jean : ce n’est pas une leçon, c’est une exaltation : « Il s’agissait de t’enflammer, non de t’enseigner. » Que nos vies soient poétiques ou qu’elles ne soient pas ! Où la débusquer, comment la célébrer, cette poésie ?
http://www.carnetdart.com/sur-le-fil/

Valérie Blanchon

Valérie Blanchon est formée au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris, dans les classes de Philippe Adrien et Catherine Hiegel. Elle collabore à la création de l’Ensemble Atopique avec Frédéric Fisbach, joue dans ses spectacles entre 1997 et 2003 (L’Annonce faite à Marie de Paul Claudel, Les Paravents de Jean Genet, L’Illusion comique de Pierre Corneille ), et participe avec lui à différents projets de recherche à Aubusson et au Studio théâtre de Vitry. Avec Jean-Pierre Vincent elle interprète Molière, Alfred de Musset, Jean Luc Lagarce ; avec Stanislas Nordey, Heiner Müller ; avec Alain Françon, Anton Tchekhov ; avec Wajdi Mouawad, artiste invité au festival d’Avignon 2010, elle crée la pièce Ciels. Elle travaille également sous la direction d’Agnès Bourgeois, Michel Didym, Adel Hakim, Jean-Claude Fall, Yves Beaunesne, Christian Colin, Richard Sammut, Aurélia Guillet, Myriam Marzuki, Sophie Lecarpentier, Jean-Christophe Blondel... Elle met en scène et adapte plusieurs textes dont Journal d’une autre, Lydia Tchoukovskaïa/Anna Akhmatova au théâtre Paris-Villette, Aurélia Steiner de Marguerite Duras au Studio théâtre de Vitry, La Chasse au Snark de Lewis Caroll au festival maritime de Porthmouth (Grande Bretagne). Et joue dans des courts métrages dont Vie matérielle de Franck Eslon, pour lequel elle reçoit le prix d’interprétation féminine au festival Paris tout-courts.

Jean-Sébastien Mariage

Guitariste improvisateur et compositeur depuis 1990, Jean-Sébastien Mariage développe de nouvelles techniques et matériaux qui font évoluer son instrument, le transcendent, l’ouvrent à des sonorités inattendues, à des musiques insoupçonnées. Il se produit en solo et au sein de nombreuses formations d’improvisation libre sur la scène internationale (Hubbub, ONCEIM…). Il est également interprète de compositeurs contemporains (Elianne Radigue, Rhys Chatham, Eric Abecassis, Frederick Galiay…). Il travail régulièrement avec la danse, la poésie, le théâtre… (Carole Armitage, Michel Gendarme, compagnie Hop-là Nous Vivons…). Récemment, il oriente sa recherche vers l’idée du « lieu commun », incluant dans sa musique des objets référencés (motifs, sonorités) qu’il propose comme autant de pivots qui suscitent de manière subliminale la mémoire commune afin de creuser de nouvelles articulations sonores. Accordant une importance particulière à la transmission, il est intervenant régulier depuis 2015 à la Philharmonie de Paris pour divers ateliers.